Le taux de glucides est une information utile, rarement affiché sur les étiquettes de croquettes. En effet, cette donnée n’est pas obligatoire. Bonne nouvelle : elle se calcule facilement à partir des chiffres déjà présents sur le paquet. Elle permet aussi de mieux comprendre l’équilibre réel d’une recette, au-delà du seul pourcentage de protéines mis en avant. Les glucides ne sont d’ailleurs pas un ingrédient à part que l’on tolérerait par défaut. Ils apportent au chien une énergie rapidement disponible au quotidien, aux côtés des protéines et des matières grasses. Ces dernières restent la principale source d’énergie sur l’effort prolongé.
Le calcul de l’ENA, la méthode de référence
Le taux de glucides se calcule via l’extractif non azoté, ou ENA. On part de 100 %. On soustrait ensuite successivement les pourcentages de protéines brutes, de matières grasses, de fibres brutes, de cendres brutes et d’humidité, tous affichés dans les constituants analytiques de l’étiquette.
| Constituant | Exemple de valeur |
|---|---|
| Protéines brutes | 28 % |
| Matières grasses | 15 % |
| Fibres brutes | 3 % |
| Cendres brutes | 7 % |
| Humidité | 9 % |
| ENA (glucides estimés) | 100-28-15-3-7-9 = 38 % |
Amidon, sucres et fibres : bien distinguer les trois
Le mot « glucides » recouvre en réalité plusieurs familles bien différentes. L’amidon est le glucide complexe majoritaire des croquettes. C’est lui qui fournit l’énergie une fois digéré, et lui seul qui joue un rôle technique dans la fabrication. Les sucres simples (glucose, saccharose) sont normalement présents en quantité infime dans une croquette de qualité. Les fibres, elles, ne sont pas digérées comme source d’énergie. Elles nourrissent la flore intestinale et régulent le transit, un rôle essentiel qui n’a rien à voir avec celui de l’amidon.
Pourquoi l’ENA surestime légèrement les glucides réellement assimilables
L’ENA n’est pas un dosage direct de l’amidon ou des sucres : c’est un calcul par soustraction, un résidu. Or ce résidu mélange deux familles bien distinctes vues plus haut. D’un côté, l’amidon et les sucres : les véritables glucides assimilables, qui apportent de l’énergie et influencent la glycémie. De l’autre, les fibres solubles, qui se retrouvent comptabilisées dans le même chiffre. Elles n’apportent pourtant aucune énergie et n’ont aucun impact sur la glycémie du chien. L’ENA additionne donc les deux, ce qui le fait surestimer légèrement le taux de glucides réellement assimilables. Ce chiffre reste malgré tout un excellent indicateur pour comparer deux recettes entre elles.
Le rôle technique de l’amidon dans la fabrication
L’amidon, un liant avant d’être une source d’énergie
L’amidon n’est pas qu’une source d’énergie : c’est aussi le liant qui rend la fabrication d’une croquette possible. Lors de l’extrusion, la pâte est chauffée et compressée. Cela provoque la gélatinisation de l’amidon : ses granules gonflent, éclatent et se structurent en un réseau. Ce réseau donne à la croquette sa tenue et sa texture, tout en la rendant beaucoup plus digestible qu’une céréale crue.
Ce que montre l’étude Perry et al. sur la gélatinisation
Une étude publiée dans la revue scientifique Animals (Perry et al., 2022) a mesuré ce taux de gélatinisation sur des croquettes commercialisées. Les recettes dites « traditionnelles » (riz, orge, avoine ou maïs) affichaient en moyenne 35,2 % d’amidon total, gélatinisé à environ 86 %. Les recettes dites « non traditionnelles » (tapioca, pois chiches, lentilles, pomme de terre) affichaient un taux d’amidon total plus bas, autour de 22,3 %. Elles étaient toutefois gélatinisées de façon quasi complète, entre 95 et 98 %.
Autrement dit, la quantité d’amidon et la qualité de sa transformation sont deux choses distinctes. Dans cette étude, ce sont les recettes contenant le moins d’amidon qui affichent la meilleure gélatinisation, donc la meilleure digestibilité. Les recettes plus riches en amidon sont, elles, un peu moins bien transformées. Un taux d’amidon élevé n’est donc pas en soi un gage de digestibilité : tout dépend surtout de la qualité du procédé d’extrusion utilisé.
Un minimum technique difficile à contourner
C’est cette contrainte technique de liant qui explique qu’une croquette sans aucun glucide reste, à ce jour, très difficile à produire par extrusion classique. La plupart des procédés nécessitent un minimum d’environ 10 à 11 % d’amidon pour obtenir une pâte suffisamment cohésive. Par ailleurs, des technologies d’extrusion plus récentes, travaillant à basse pression, permettraient de descendre un peu plus bas, mais restent minoritaires sur le marché actuel. Dans les faits, la grande majorité des croquettes du commerce se situent très largement au-dessus de ce seuil technique minimal, comme le montre l’étude citée plus haut. Elles affichent en général entre 20 et 35 % d’amidon total.
Existe-t-il un taux idéal ?
Aucun besoin nutritionnel minimum, sauf exceptions
Il n’existe pas de seuil légal maximum. Sur le plan strictement métabolique, le chien n’a aucun besoin nutritionnel minimum en glucides. Sa capacité de néoglucogenèse, c’est-à-dire sa capacité à fabriquer lui-même du glucose à partir des protéines et des graisses, est suffisamment performante pour s’en passer. Les seules situations où un apport plus généreux en glucides devient réellement utile concernent la croissance et la lactation. Il permet alors d’épargner les protéines pour d’autres usages que la simple production d’énergie.
La fourchette de référence : 35 à 40 %
Dans les faits, une bonne recette construite autour d’une vraie source de protéine animale se situe généralement entre 35 et 40 % de glucides. C’est la fourchette la plus courante pour une croquette de qualité standard, y compris chez des marques sérieuses. Ce n’est pas un problème en soi, puisque ces glucides participent activement à l’énergie quotidienne du chien. Un taux plus bas, sous les 25-30 %, reste pertinent pour un chien sédentaire, en surpoids ou en gestion de poids. Ses besoins énergétiques sont alors plus limités. Ce n’est cependant ni la norme ni un prérequis de qualité pour tous les chiens. Au-delà de 45 %, ça vaut simplement la peine de regarder l’équilibre global de la recette (la source et la qualité de la protéine, le taux de matières grasses). Ce chiffre seul n’est pas un motif d’inquiétude.
Ajuster selon l’âge et l’activité du chien
Ce repère de 35 à 40 % vaut pour un chien adulte à l’activité normale. Un chiot en pleine croissance ou un chien très sportif tolère généralement un taux un peu plus élevé, ses besoins énergétiques étant proportionnellement plus importants. En revanche, un chien sédentaire, en surpoids ou stérilisé gagne à se rapprocher du bas de cette fourchette, voire en dessous. L’excédent de glucides non utilisé comme énergie se transforme facilement en réserve de graisse.
Toutes les sources d’amidon ne se valent pas
Au-delà du taux global, l’origine de l’amidon influence aussi sa gélatinisation et donc sa digestibilité une fois transformé par extrusion. Voici, à titre de repère, la teneur en amidon propre à chaque ingrédient brut (exprimée en pourcentage de matière sèche, avant son incorporation dans la recette). Elle ne dit pas tout sur la digestibilité finale. Elle explique en revanche pourquoi certains ingrédients pèsent plus lourd que d’autres dans le taux de glucides final d’une croquette.
Comparatif des principales sources d’amidon
| Source d’amidon | Amidon (% MS) | Caractéristique |
|---|---|---|
| Riz | ≈ 85 % | Granules fins, très bien assimilé, référence en digestibilité |
| Maïs | ≈ 74 % | Bonne digestibilité une fois extrudé, très utilisé comme source d’énergie |
| Pomme de terre | ≈ 73 % | Se gélatinise facilement, fréquente dans les recettes sans céréales |
| Tapioca (manioc) | ≈ 80 % | Très digeste, mais peu rassasiant et pauvre en fibres |
| Pois | ≈ 51 % | Amidon plus lent à digérer, apporte aussi des fibres et des protéines |
| Pois chiche | ≈ 50 % | Amidon plus lent à digérer, apporte aussi des fibres et des protéines |
| Lentilles | ≈ 45 % | Amidon plus lent à digérer, apporte aussi des fibres et des protéines |
Ces écarts expliquent en partie pourquoi les recettes à base de légumineuses affichent souvent un taux d’amidon total plus bas dans la recette finale (comme le montrait l’étude Perry et al. citée plus haut). En effet, à quantité égale d’ingrédient incorporé, une légumineuse apporte presque deux fois moins d’amidon qu’une céréale ou qu’un tubercule.
Les glucides ne sont pas un ennemi à éliminer
Point de vigilance : les glucides ne sont pas un ennemi à traquer ou à éliminer de la gamelle. Ils apportent au chien une énergie rapidement disponible au quotidien, aux côtés des protéines et des matières grasses. Ces dernières restent la principale source d’énergie sur l’effort prolongé. Une recette ne se juge jamais sur un seul chiffre isolé. C’est l’équilibre entre une protéine animale de qualité, de bonnes graisses et des glucides bien choisis, à savoir des sucres lents facilement assimilables plutôt que des sucres rapides, qui fait une bonne croquette. Ce n’est pas l’absence totale de l’un de ces trois piliers qui fait la différence.
Attention toutefois à ne pas généraliser. Contrairement aux glucides, les protéines et les matières grasses sont, elles, réellement indispensables au chien. Elles lui apportent en effet des acides aminés et des acides gras essentiels que son organisme ne sait pas fabriquer seul. Les glucides restent le seul des trois macronutriments sans minimum obligatoire, grâce à la néoglucogenèse. Cela explique l’existence de recettes sans céréales ni amidon ajouté, surtout en alimentation humide ou crue, où la contrainte technique de l’extrusion ne s’applique pas. Viser un taux à zéro en croquette reste toutefois peu réaliste, et priverait aussi le chien de fibres essentielles à un bon transit intestinal.
Un point de vigilance particulier pour le chien diabétique
Une gestion qui reste du ressort du vétérinaire
Chez un chien diabétique, la gestion des glucides prend une importance toute particulière. Leur quantité et leur nature influencent en effet directement la glycémie, et donc l’équilibre du traitement à l’insuline. Cette gestion doit systématiquement rester encadrée par le vétérinaire traitant. Ni le taux de glucides ni le choix de la croquette ne doivent être ajustés seul, en dehors du protocole thérapeutique établi.
Ce que montre vraiment la recherche vétérinaire
Contrairement à une idée reçue assez répandue, la recherche vétérinaire ne montre pas qu’un taux de glucides très bas soit, à lui seul, le levier le plus efficace chez le chien diabétique. C’est différent chez le chat, où les régimes pauvres en glucides sont bien documentés. Une synthèse publiée dans Today’s Veterinary Practice (Linder, 2017) rapporte qu’une étude n’a trouvé aucune différence sur l’équilibre glycémique de chiens diabétiques nourris avec des régimes pourtant très différents. Le taux de glucides variait en effet d’un facteur 9 selon les groupes, entre 2 % et 26 % de l’énergie métabolisable.
C’est en réalité le taux de fibres, notamment les fibres insolubles, qui ressort comme le critère le plus déterminant. Les régimes enrichis en fibres, de l’ordre de 6 g pour 100 kcal contre environ 2,6 g pour 100 kcal dans un régime standard, ralentissent l’absorption des sucres. Ils limitent aussi les pics de glycémie après le repas.
Les leviers qui comptent réellement au quotidien
En pratique, cela veut dire qu’un chien diabétique n’a pas forcément besoin d’une croquette « zéro glucide » pour être bien équilibré. Ce qui compte davantage, c’est un taux de fibres généreux, une ration servie en quantités et à des horaires réguliers, synchronisés avec les injections d’insuline, et un poids stable. Ces trois leviers relèvent directement du protocole établi par le vétérinaire traitant, qui reste le seul interlocuteur légitime pour ajuster l’alimentation d’un chien sous insuline.
Pour aller plus loin dans l’analyse
Savoir décrypter l’ensemble d’une étiquette permet de replacer ce calcul dans son contexte global. Notre article Comment Lire et Décrypter l’Étiquette d’un Sac de Croquettes pour Chien ? détaille les autres critères à vérifier.
La qualité de la source de protéines compte tout autant que le taux de glucides. Notre article Protéines Animales ou Végétales pour le Chien : Que Faut-il Privilégier ? approfondit ce sujet.
Le choix de la source de glucides, céréales ou légumineuses, mérite aussi votre attention. Notre article Croquettes Sans Céréales ou Sans Gluten pour Chien : la Différence ? détaille ce point.
Pour retrouver l’ensemble de nos articles sur le choix d’une bonne alimentation, direction notre rubrique Guide d’Achat & Comparatifs.
- Le taux de glucides se calcule via l’ENA : 100 moins protéines, graisses, fibres, cendres et humidité.
- L’ENA surestime légèrement les glucides réellement assimilables, en incluant les fibres solubles.
- Les glucides sont une source d’énergie légitime, ce n’est pas un ingrédient à minimiser par principe. Ce sont toutefois les seuls des trois macronutriments sans minimum obligatoire pour le chien, contrairement aux protéines et aux graisses.
- Pas de seuil légal maximum. Une bonne recette avec une vraie source de protéine animale se situe généralement entre 35 et 40 %, sans que cela pose problème en soi.
- Le taux d’humidité, souvent absent de l’étiquette (obligatoire seulement au-delà de 14 %), se situe presque toujours entre 8 et 10 % pour une croquette sèche.
- Un minimum technique d’environ 10 à 11 % d’amidon est nécessaire à la fabrication classique en extrusion.
- Éliminer totalement les glucides d’une croquette reste peu réaliste techniquement : ils participent à l’énergie quotidienne du chien et apportent des fibres utiles au transit.
En conclusion
Calculer soi-même le taux de glucides d’une croquette prend moins d’une minute, et révèle souvent des écarts de qualité insoupçonnés entre deux recettes. Ce n’est pas une question de tout ou rien. L’objectif est un taux modéré et bien assimilé, pas une élimination totale, pour préserver à la fois l’énergie et le confort digestif du chien.
Vous trouverez l’ensemble de notre sélection de croquettes sans céréales à gluten sur notre page Croquettes sans céréales à gluten pour chien.
FAQ
Pourquoi le taux de glucides n’est-il presque jamais affiché directement ?
La réglementation européenne n’impose pas son affichage, contrairement aux protéines, matières grasses, fibres et cendres. Certains fabricants préfèrent aussi ne pas le mettre en avant lorsqu’il est élevé.
Un chien diabétique doit-il particulièrement surveiller ce taux ?
Oui, la gestion des glucides prend une importance particulière chez un chien diabétique, toujours en lien étroit avec le protocole établi par le vétérinaire traitant.
Les glucides des croquettes font-ils grossir mon chien ?
Un excès calorique global, quelle que soit sa source, fait grossir un chien. Les glucides ne sont pas les seuls responsables, mais un taux très élevé associé à une ration mal ajustée peut y contribuer.
Toutes les sources de glucides se valent-elles ?
Non, leur digestibilité varie selon leur origine et leur niveau de gélatinisation après extrusion. Le riz est souvent cité comme référence de digestibilité, tandis que les légumineuses se digèrent plus lentement mais apportent aussi des fibres et des protéines supplémentaires.
Une croquette à très faible taux de glucides est-elle toujours meilleure ?
Pas automatiquement. Un taux très bas s’accompagne souvent d’un taux de matières grasses ou de protéines plus élevé. Il faut alors aussi adapter ce taux au profil réel du chien pour éviter un autre déséquilibre.
Une précision technique sur le calcul de l’ENA
Nota bene : le ratio entre amidon et fibres solubles à l’intérieur de l’ENA n’est pas fixe, il varie beaucoup selon les ingrédients de la recette. Une croquette classique à base de céréales a un ENA composé presque entièrement d’amidon. Une recette plus riche en légumineuses ou en pulpes végétales, à l’inverse, peut afficher un ENA de 35 % pour seulement 16 % d’amidon réel, le reste étant des fibres solubles. Deux croquettes au même taux de glucides estimé peuvent donc avoir des profils assez différents, sans que l’étiquette ne permette de le distinguer précisément.
Sources
Perry E.B., Valach A.A., Fenton J.M., Moore G.E., An Assessment of Starch Content and Gelatinization in Traditional and Non-Traditional Dog Food Formulations, Animals, 2022, vol. 12, n°23, 3357.
Linder D., Diabetic Diets for Dogs and Cats: Assessing the Evidence, Today’s Veterinary Practice, novembre/décembre 2017.
INRAE-CIRAD-AFZ, Tables de composition et de valeur nutritionnelle des matières premières destinées aux animaux d’élevage (feedtables.com).
Vetchef, La néoglucogenèse et les besoins en glucides du chien, ressource de nutrition vétérinaire (vetchef.be).
Amikinos, Les glucides dans les croquettes pour chiens et chats, guide de nutrition animale (amikinos.fr).
Conseils Véto, Glucides dans l’alimentation du chien/chat : le vrai du faux, ressource rédigée par une équipe vétérinaire (conseils-veto.com).

